{"id":748,"date":"2021-06-18T09:44:18","date_gmt":"2021-06-18T07:44:18","guid":{"rendered":"http:\/\/psig.huma-num.fr\/cartes-sensibles\/?p=748"},"modified":"2021-06-18T15:42:30","modified_gmt":"2021-06-18T13:42:30","slug":"synthese-cartographies-autochtones-elements-pour-une-analyse-critique-irene-hirt","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/psig.huma-num.fr\/cartes-sensibles\/synthese-cartographies-autochtones-elements-pour-une-analyse-critique-irene-hirt\/","title":{"rendered":"Synth\u00e8se &#8211; Cartographies autochtones. \u00c9l\u00e9ments pour une analyse critique &#8211; Ir\u00e8ne Hirt."},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Synth\u00e8se par Elvira Labarca et M\u00e9lodia Pr\u00e9jengemme<\/strong> : Ir\u00e8ne Hirt. (2009). Cartographies autochtones. \u00c9l\u00e9ments pour une analyse critique. <em>L\u2019Espace G\u00e9ographique<\/em>, 38\/2.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019article de Ir\u00e8ne Hirt, intitul\u00e9 \u201cCartographie autochtones. El\u00e9ments pour une analyse critique\u201d, a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 dans le volume 38 de la revue bi-annuelle L\u2019Espace G\u00e9ographique de 2009. L\u2019auteure y propose un \u00e9tat de l\u2019art sur les cartographies autochtones au sein de la recherche anglophone tout en exposant les ambivalences de cette m\u00e9thode \u00e0 travers une \u00e9tude de cas portant sur les Mapuches au Chili. Ainsi, Ir\u00e8ne Hirt se demande si les cartographies autochtones repr\u00e9sentent des objets de lib\u00e9ration pour les communaut\u00e9s, ce qu\u2019elle d\u00e9signe comme \u201cfacteur d\u2019empowerment\u201d, ou si elles s\u2019inscrivent in\u00e9vitablement dans un processus d\u2019assimilation culturelle et de domination coloniale.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon Ir\u00e8ne Hirt, les cartographies autochtones ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9laiss\u00e9es par les historiens de la cartographie en raison de leur non-conformit\u00e9 au regard des \u201ccrit\u00e8res h\u00e9g\u00e9moniques de la science occidentale\u201d. En effet, les modes de transmission des donn\u00e9es g\u00e9ographiques passent par des supports \u00e9ph\u00e9m\u00e8res : des pratiques orales comme les performances, tels que les rites, les chants ou les danses, et des processus cognitifs tels que les r\u00eaves. Ce n\u2019est que dans les ann\u00e9es 1980-90 qu\u2019un processus de \u201cd\u00e9colonisation g\u00e9ographique\u201d s\u2019op\u00e8re, permettant ainsi la cr\u00e9ation de \u201ccontrecartographies\u201d (Crampton &amp; Krygier, 2006). Les peuples autochtones s\u2019approprient alors les m\u00e9thodes de cartographie \u201coccidentales\u201d, et en particulier les techniques de cartographie num\u00e9rique et les SIG (Syst\u00e8mes d\u2019Informations G\u00e9ographiques). Ces cartes alternatives sont \u00e9rig\u00e9es comme outils de contestation politique et de revendications territoriales face aux structures dominantes des \u00c9tats-nations. <\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, la cartographie autochtone appara\u00eet comme une m\u00e9thode ambivalente, tant\u00f4t permettant l\u2019empowerment de ces populations, tant\u00f4t entra\u00eenant un risque potentiel d\u2019assimilation culturelle. Ce d\u00e9bat agite les chercheurs m\u00eames qui utilisent la cartographie comme un outil de remise en cause du discours h\u00e9g\u00e9monique occidental. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, ces cartes autochtones repr\u00e9sentent des \u201cinsurrection(s) cartographiques(s)\u201d (Rundstrom, 1991), aux effets \u201ccontreh\u00e9g\u00e9moniques\u201d (Cook, 2003) ainsi qu\u2019un \u201ccontrepoint\u201d \u00e0 la colonisation. Elles permettent un partage des savoirs et des valeurs identitaires et culturelles autochtones entre les g\u00e9n\u00e9rations, et participent au renforcement de l\u2019organisation politique autochtone et du \u201csentiment d\u2019appartenance \u00e0 une collectivit\u00e9\u201d. Le d\u00e9veloppement de nouvelles comp\u00e9tences techniques objectives et standardis\u00e9es au sein de ces populations permet ainsi de \u201cdonner des voix aux peuples situ\u00e9s dans la p\u00e9riph\u00e9rie du monde\u201d (Fox, 1998) car c\u2019est en ma\u00eetrisant \u201cle langage du colonisateur\u201d (Louis, 2004) que les revendications autochtones peuvent \u00eatre entendues. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, les SIG, consid\u00e9r\u00e9es comme des \u201ctechno-sciences\u201d, poss\u00e8dent ainsi un pouvoir d\u2019assimilation culturelle en s\u2019inscrivant dans une conception fondamentalement occidentale de l\u2019espace. Cette apparente \u201cobjectivit\u00e9 empirique\u201d induit une \u201cstandardisation\u201d des pratiques cartographiques et une \u201cmarginalisation des expressions cartographiques autochtones\u201d. La cartographie induirait ainsi un travail de traduction de l\u2019espace vers un syst\u00e8me normatif et dominant, et non pas une repr\u00e9sentation des territorialit\u00e9s autochtones. <\/p>\n\n\n\n<p>Appara\u00eet ainsi la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un compromis selon Ir\u00e8ne Hirt, celui de d\u00e9coloniser la carte. Selon les chercheurs autochtones, il est important de reconna\u00eetre l&#8217;utilit\u00e9 de ces \u201ccartographies occidentales\u201d dans les luttes autochtones, tout en d\u00e9veloppant une conscience critique sur l\u2019utilisation et la repr\u00e9sentation des informations spatiales, en particulier sensibles, pour limiter les impacts n\u00e9gatifs de ces m\u00e9thodes. Aussi, la valorisation des traditions cartographiques autochtones, exprim\u00e9es par les performances et les rituels, doit \u00eatre au c\u0153ur de cette nouvelle d\u00e9marche anticoloniale et anti-universaliste. N\u00e9anmoins, pour l&#8217;auteure, il existe une difficult\u00e9 inh\u00e9rente au travail cartographique avec les populations autochtones en raison d\u2019une perception oppos\u00e9e du monde et de l\u2019espace. Selon cette th\u00e9orie, les soci\u00e9t\u00e9s autochtones ont une vision holistique de l\u2019environnement tandis que les soci\u00e9t\u00e9s occidentales fondent leur perception du monde sur une division absolue entre culture et nature. Il y aurait une difficult\u00e9 inh\u00e9rente aux modes de construction des savoirs autochtones, plus \u201csynth\u00e9tiques qu\u2019analytiques\u201d, ne permettant pas la \u201ctraduction des connaissances orales vers des formes de savoir \u00e9crit\u201d sans une perte d\u2019information ou une alt\u00e9ration in\u00e9vitable. En figeant des informations sensibles par le processus de cartographie, il existe un risque de conflits, notamment au regard des limites territoriales inter-groupes souvent ind\u00e9finies et mouvantes. Ainsi, ce compromis n\u00e9cessite avant tout de s\u2019inscrire dans un travail de groupe dirig\u00e9 vers les besoins de la communaut\u00e9, dans lequel les chercheurs autochtones euxm\u00eames doivent s\u2019interroger sur leur \u201cmentalit\u00e9 colonis\u00e9e\u201d (Johnson et al., 2005) et o\u00f9 il est indispensable de \u201crepenser le r\u00f4le de l\u2019expert\u201d allochtone.<\/p>\n\n\n\n<p><br>Ir\u00e8ne Hirt \u00e9taye son argumentation par une \u00e9tude de cas sur les Mapuche au sud du Chili. Il s\u2019agit d\u2019un travail de reconstruction cartographique participatif d\u2019un lof, qui constitue un \u201cespace d&#8217;appartenance\u201d et une \u201centit\u00e9 socio-politique autonome\u201d ayant sa propre hi\u00e9rarchie politique et religieuse. Il s\u2019agit ici plus pr\u00e9cis\u00e9ment du Chodoy lof entre les villes de Temuco et Valdivia, r\u00e9alis\u00e9 entre 2004 et 2006. Ce travail de cartographie participative, alliant cartographie \u201cconventionnelle\u201d et m\u00e9thode \u201cinterculturelle\u201d, avait pour objectif de comprendre et de d\u00e9finir les limites territoriales du Chodoy lof Mapu, de localiser les principaux sites sacr\u00e9s et d\u2019identifier les propri\u00e9t\u00e9s priv\u00e9es install\u00e9es \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de son p\u00e9rim\u00e8tre. Dans ce cas, la localisation des sites sacr\u00e9s devait \u00eatre communiqu\u00e9e par les anc\u00eatres et les esprits \u00e0 travers les r\u00eaves des Ngenpin, officiers religieux et &#8220;ma\u00eetres de la parole\u201d de la communaut\u00e9. Ce sont les entit\u00e9s spirituelles qui accordent l\u2019acc\u00e8s \u00e0 ces lieux et qui jouent un r\u00f4le actif dans l\u2019avancement du processus cartographique. L\u2019espace n\u2019est plus seulement physique mais rev\u00eat une dimension spirituelle, incarn\u00e9e par les non-humains et les gardiens tut\u00e9laires de chaque lieu. Selon d\u2019Ir\u00e8ne Hirt, cette production cartographique a eu un impact positif sur la communaut\u00e9 Mapuche du Chodoy lof car elle a permis une r\u00e9appropriation \u201csymbolique\u201d du territoire. Ce projet a particip\u00e9 \u00e0 la politisation des Mapuches du Chodoy lof et \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019une prise de conscience des spoliations territoriales subies par la communaut\u00e9, \u00e0 travers une \u201cre-constitution et re-socialisation d\u2019un r\u00e9cit collectif sur l\u2019histoire du territoire\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p><br>En revanche, l\u2019article souffre d\u2019une dichotomie un peu prononc\u00e9e entre cartographie \u201coccidentale\u201d et cartographie \u201cautochtone\u201d. Le conflit Mapuche actuel appara\u00eet plut\u00f4t comme l\u2019expression d\u2019un rapport de pouvoir entre un groupe favoris\u00e9 (ou dominant) et un groupe d\u00e9favoris\u00e9 (ou domin\u00e9) que d\u2019un rapport entre peuple autochtone et soci\u00e9t\u00e9 occidentale. Aussi, l\u2019aspect politique mentionn\u00e9 dans l\u2019article semble tr\u00e8s peu explor\u00e9. La carte du Chodoy lof ne fait pas appara\u00eetre les superpositions entre \u201cterritoire Mapuche\u201d et \u201cterritoire occidental\u201d, et notamment les conflits entre propri\u00e9t\u00e9s priv\u00e9es et les interdictions d\u2019acc\u00e8s par rapport \u00e0 la localisation des sites importants pour la communaut\u00e9. La carte ne dessine aucun point de r\u00e9f\u00e9rence pour un allochtone, faisant appara\u00eetre la zone \u00e9tudi\u00e9e comme un non-lieu, un espace introuvable. Cette fa\u00e7on de pr\u00e9senter la carte sans recours aux d\u00e9nominations administratives et \u00e9tatiques d\u00e9livre ce que Ir\u00e8ne Hirt consid\u00e8re une cartographie &#8220;d\u00e9colonis\u00e9e&#8221;. N\u00e9anmoins, il est int\u00e9ressant de se demander si ce type de carte poss\u00e8de une r\u00e9elle finalit\u00e9 politique. L\u2019\u00e9tude de cas pr\u00e9sent\u00e9e ici ne montre pas les \u201crepr\u00e9sentations dominantes du territoire, les d\u00e9coupages fonciers et les limites administratives chiliennes\u201d qui pourtant jouent un r\u00f4le majeur dans les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par les Mapuches dans leurs revendications territoriales vis-\u00e0-vis de l\u2019Etat chilien.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Synth\u00e8se par Elvira Labarca et M\u00e9lodia Pr\u00e9jengemme : Ir\u00e8ne Hirt. (2009). Cartographies autochtones. \u00c9l\u00e9ments pour une analyse critique. L\u2019Espace G\u00e9ographique, 38\/2. L\u2019article de Ir\u00e8ne Hirt, intitul\u00e9 \u201cCartographie autochtones. El\u00e9ments pour une analyse critique\u201d, a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 dans le volume 38 de la revue bi-annuelle L\u2019Espace G\u00e9ographique de 2009. L\u2019auteure y propose un \u00e9tat de l\u2019art &hellip; <a href=\"http:\/\/psig.huma-num.fr\/cartes-sensibles\/synthese-cartographies-autochtones-elements-pour-une-analyse-critique-irene-hirt\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Synth\u00e8se &#8211; Cartographies autochtones. \u00c9l\u00e9ments pour une analyse critique &#8211; Ir\u00e8ne Hirt.<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[19],"tags":[32,31],"class_list":["post-748","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-synthese","tag-elvira-labarca","tag-prejengemme-melodia"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/psig.huma-num.fr\/cartes-sensibles\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/748","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/psig.huma-num.fr\/cartes-sensibles\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/psig.huma-num.fr\/cartes-sensibles\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/psig.huma-num.fr\/cartes-sensibles\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/psig.huma-num.fr\/cartes-sensibles\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=748"}],"version-history":[{"count":5,"href":"http:\/\/psig.huma-num.fr\/cartes-sensibles\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/748\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":753,"href":"http:\/\/psig.huma-num.fr\/cartes-sensibles\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/748\/revisions\/753"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/psig.huma-num.fr\/cartes-sensibles\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=748"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/psig.huma-num.fr\/cartes-sensibles\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=748"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/psig.huma-num.fr\/cartes-sensibles\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=748"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}