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Séance six : mise en œuvre du protocole PARVIS autour de l’EHESS – lOUKA HERSE.

Aujourd’hui, 1er juin 2021, nous appliquons le protocole Parvis que Catherine et Eric ont remodelé en fonction des différents éléments que nous avons proposés dans les protocoles présentés durant la séance précédente du 17 mai 2021. Le principe est simple : il s’agit de suivre un itinéraire prédéfini et de noter sur ce chemin les zones, les choses ou les pratiques qui s’apparentent pour nous à la fraîcheur ou à la chaleur. En ce sens, la cartographie est sensible car nous percevons essentiellement la chaleur et la fraîcheur à l’aide de nos sens : j’ai vu de chaudes couleurs, l’air frais d’un réfrigérateur a touché ma peau en passant à côté d’un primeur, j’ai aussi senti l’odeur fraîche des fraises, j’ai entendu le bruit des moteurs chauds…

Chacun d’entre nous a réalisé cet itinéraire de façon individuelle. Ensuite, nous devions construire ensemble une carte sensible. En confrontant nos différentes perceptions, il s’agissait de voir si elles se recoupaient. Globalement, nous étions d’accord sur tout. Par exemple et à la différence des personnes qui se trouvaient à distance, nous avons tous remarqué que notre perception de la chaleur évoluait en fonction de l’état de fatigue de notre corps. De mon côté, à la fin du parcours qui durait une heure, j’avais beaucoup plus chaud, et ce alors que la température n’avait sans doute pas augmenté. Tous les participants n’avaient pas noté les mêmes éléments sur leur chemin, mais nos remarques étaient plus complémentaires que contradictoires. Pour moi, les couleurs des voitures, des bâtiments, des commerces, etc., avaient relativement peu d’importance. Mes sensations de chaleur ou de fraîcheur n’étaient pas directement liées au sens visuel. Néanmoins, lorsque les autres participantes évoquèrent la chaleur ou la fraîcheur de certaines couleurs, j’ai convenu avec elles que certaines couleurs ramenaient au froid ou au chaud, à partir d’expériences personnelles antérieures.

A l’exception d’une erreur de parcours, ma balade sensorielle et la cartographie qui l’a suivie se sont très bien déroulées. Le seul problème de ce protocole pour moi : l’absence de collation rafraîchissante à la fin de la balade !

Louka Herse.

Proposition de protocole PARVIs – Louka Herse, Beatriz Raimundez et Aurélie Nicolella.

Imaginer la ville du futur, entre chaleur et fraîcheur

Objectif : il s’agit d’imaginer la ville du futur, entre chaleur et fraîcheur, à partir d’un parcours urbain délimité par les enquêteurs et donnant lieu à la production d’une carte sensible.

Forme de l’enquête

. La réalisation du protocole sera précédée d’un temps d’explication. Alors, les organisateurs expliqueront aux participants les fondements, les objectifs du protocole et les moyens utilisés pour y parvenir (temps prévu : 15-20 minutes).

. Pour les participants en distanciel, un des organisateurs réalisera une capture vidéo en direct et commentera sa perception de la chaleur et de la fraîcheur au fil de son parcours.

. Pour les participants en présentiel, il s’agira durant le parcours de dessiner sur une carte les points de fraîcheur et de chaleur, et parallèlement de prendre des notes sur un support papier. A l’issue de ce parcours et avec les données récoltées, chacun sera alors chargé de produire une carte sensible individuelle.

. Le protocole est individuel, chacun note et cartographie ses perceptions.

Organisation du parcours

. Il est délimité au préalable par les organisateurs.

. Il durera 1 heure.

. Lors du parcours, les organisateurs guideront les participants afin que ceux-ci se concentrent sur la récolte de données sensibles.

. Ce parcours sera suivi d’une collation, elle-aussi filmée par l’organisateur-vidéaste.

Organisation de la production d’une carte sensible

. Le temps imparti pour réaliser ces cartes sensibles sera de une heure et demi, dans l’après-midi suivant le parcours urbain.

. Les participants auront à disposition des feutres de différentes couleurs, des crayons de papier et des stylos. Ils pourront aussi utiliser des feuilles de différentes couleurs, des paires de ciseaux et de la colle pour procéder à des collages.

Commentaires de cartes et discussion finale

. Le jour suivant la production de ces cartes sensibles, organisateurs et participants pourront les consulter dans la bibliothèque Georges Perec. Les cartes seront disposées sur des tables, espacées les unes des autres, afin de respecter les règles sanitaires. Ce temps d’observation sera limité à l’heure du midi.

. Ensuite, dans l’après-midi, une analyse par groupe de 4 personnes sera proposée. Il s’agira alors d’échanger pendant 30 minutes autour de ces diverses productions et, à partir de ces comparaisons, faire des propositions pour une ville du futur. Chaque groupe viendra présenter ensuite son analyse devant l’auditoire et une discussion, animée par les organisateurs et organisatrices, pourra être entamée. Il s’agira alors de penser la ville du futur au regard des zones de chaleur et de fraîcheur observées et perçues lors du parcours.

Un protocole proposé par Louka Herse, Beatriz Raimundez et Aurélie Nicolella.

De la speed-carto pour se presenter- Louka Herse – 2021

Speed-carto ? Ce nom peut être trompeur. Tout dépend l’usage qu’on en fait. Lors de la séance introductive de ce séminaire, le 8 mars 2021, j’ai réalisé pour la première fois de ma vie, de la speed-cartographie.

Mais que recouvre donc cette expression ? Une réponse parmi d’autres avec l’exemple de la séance du lundi 8 mars.

13h-15h: premier séminaire de cartographie sensible. Un protocole de recherche cartographique nous est proposé. Il s’agit de répondre à deux questions – “qui suis-je ?” et “en quoi consiste ma recherche?” – en produisant, en temps limité, une carte. En l’occurrence, le temps imparti était de 10 minutes. C’était trop peu pour moi. Je pris donc le temps de la pause pour finir mon ébauche de carte :

difficile de se résumer et de résumer sa recherche en quelques coups de crayons !

Lorsque tous les participants eurent terminé leur carte, nous avons commencé à échanger. Le principe était d’interpréter la carte écrite par un autre séminariste afin de le présenter, lui le séminariste, aux autres participants. Si l’interprétation était fausse ou manquait de précision, le cartographe pouvait compléter le propos de son interprète. Les échanges furent stimulants, car les divergences d’interprétation entre le lecteur et le cartographe forçaient le producteur a explicité ses choix d’écriture.

Les malentendus cartographiques sont une richesse pour le cartographe.

Reste que ce jeu de présentation n’avait rien de speed. Au contraire. Briser la glace de l’inconnu avec des cartes requiert du temps, de l’espace et des outils, ceux de la cartographie (un support, des instruments d’écriture). Mais, il est vrai, que par rapport au temps que prend habituellement la confection d’une carte, nous avons fait ce jour-là, de la speed-carto.

Speed-carto / long-presentation.

J’aurais aimé illustrer cet article avec ma propre speed-map, mais je ne l’ai pas retrouvée. J’ai donc réalisé, en une vingtaine de minutes, une speed-cartographie que j’intitulerai :

Speed-carto de mon premier confinement (Louka Herse, 2021).

Voici quelques éléments de légende pour faciliter son interprétation :

  • les cercles représentent les différents espaces pratiqués durant le premier confinement;
  • les lignes rouges correspondent à mes trajets;
  • les bulles circulaires indiquent le nombre de personnes pratiquant/habitant un espace en même temps que moi;
  • les bulles rectangulaires précisent à la fois le temps et l’heure approximative de fréquentation des espaces de mon confinement.

Alors, pouvez-vous me dire dans quels types d’espace j’ai vécu ce confinement ?

Louka Herse – master 1 – “Territoires, Espaces, Sociétés”, École des hautes études en sciences sociales

Cartographie Parcours Vélo – de Gambetta a République – Louka Herse

Des conditions de cartographie précaires

Je m’apprête à déposer ces deux mini-cartes sur le site du séminaire. J’ai regardé au préalable les autres productions déjà disponibles en ligne. La qualité de certaines est déconcertante et je me sens bien piètre cartographe à côté de leurs auteurs et autrices. C’est pourquoi, plutôt que de commenter les choix que j’ai pris le 12 avril 2021 afin de transposer les 15 minutes d’audio mis à notre disposition en cartes, je reviendrai ici sur le contexte de production de ces deux pages cartographiques.

Au moment d’écrire, j’étais très fatigué. Je venais de passer une éprouvante semaine sur mon terrain. J’avais enchaîné les entretiens ethnographiques et j’avais aussi réalisé plusieurs marches urbaines avec mes interlocuteurs. Par ailleurs, je venais de présenter un article sur les marches sensibles écrit par Hélène Ancion. Malgré ma condition de randonneur émérite, cela faisait beaucoup de marches en une seule semaine : j’étais éprouvé.

J’étais donc peu frais et peu dispos pour recevoir le matériau sonore proposé. Mais le principal problème fut d’ordre matériel : j’étais mal armé pour cartographier. D’une part, j’étais venu sans feuilles blanches. D’autre part, comble du ridicule pour un cartographe, je n’avais pas sur moi ma trousse à crayons-de-couleurs. Je n’avais que mon carnet vert (mon carnet de séminaires), un crayon de papier et deux stylos Bic, rouge et noir.

Comment ai-je donc procédé dans ces conditions cartographiques précaires ?

J’avais une heure pour mettre en application un protocole d’enquête conséquent. Il fallait donc que je n’écoute qu’une seule fois l’audio de 15 minutes et que cette écoute soit efficace. Mais comment développer une façon d’annoter sans connaître le texte à étudier ? J’ai lancé l’audio. Après une minute d’écoute, j’ai décidé de diviser ma prise de notes en deux. Cette division est visible sur ma feuille (voir photographies ci-dessus et ci-dessous). A gauche, j’écrirai toutes les informations se rapportant à la ville vécue, à commencer par les émotions de la cycliste étudiée. A droite, je noterai des informations plus concrètes : les éléments les plus visibles du paysage pour la cycliste, ses changements de direction, etc.

Mais cette prise de notes fut compliquée par le débit rapide de la cycliste. Très vite, je me suis contenté de noter, de tout noter, pour ne pas manquer une information-clef de son parcours urbain. Pour réussir à annoter correctement, il aurait fallu écouter à plusieurs reprises l’enregistrement, ce qui n’était pas concevable dans le temps imparti.

Finalement, que retenir de cette cartographie ?

Peut-être que l’exercice cartographique repose sur un ensemble de choses très terrestres : l’état physique et psychologique du chercheur, le matériel et le matériau disponibles pour cartographier. Ou peut-être qu’il repose juste sur une tasse remplie de café.

Louka Herse – Master 1 “Territoires, Espaces, Sociétés”, Ecole des hautes études en sciences sociales